Du silence #1 : notre année 2020

Reprendre ma plume ici, après ces deux années où je me suis forgée dans le silence…

L’année 2020 commençait bien, avec des copains en bord de mer et des mojitos sur nos tubes préférés. J’y croyais, forte et résignée. Mais je savais au fond que ce serait des mois difficiles, avec la fin de vie qui s’annonçait pour Papa, de lourdes procédures que je voulais faire avancer, mêlées à la reprise à temps plein dans un travail où des enjeux se profilaient. Je mettais un pied devant l’autre pour ne pas me précipiter dans cette hyperactivité qui me hapait et m’enlevait à mon équilibre retrouvé.  Et puis en février, Soline est tombée, comme le verdict de sa rhumatologue : l’algosystrophie était de retour. Comment faire face seule avec une enfant qui ne peut plus marcher et qui souffre? Comment aménager son quotidien et le mien ? Je n’ai eu le temps de me poser toutes ces questions qu’une semaine (elle a duré une éternité…). Après, nous étions confinées.

Dans notre douleur et dans le deuil, ce confinement nous a sauvées. Papa est décédé le 24 mars 2020, mais malgré la rapidité de son départ, tout a été fait. Nous avons pu prendre le temps de réaliser, pleurer, nous retrouver et l’enterrer en petit comité. Malgré les interdits, les contrôles de police et la peur de la contagion. Nous avons fêté Pâques entre filles, sous son cerisier. Cueilli les cerises qui étaient là en abondance en mai. Et Soline a pu réapprendre à marcher, avec l’aide d’un kiné et d’une psychologue qui ont accepté de s’occuper d’elle à domicile. Sans douleur,  grâce à la patience et la persévérance d’Elouan, et l’écoute active de Caroline. Nous avons fini par retrouver le chemin du collège, du travail et des activités sportives, en nous promettant de mettre l’humain plus que jamais au coeur de notre chemin.

L’été est arrivé, avec les copains ou la famille venus nous rendre visite à Angers. Des moments simples : une balade sur les remparts du château ou sur le toit du Quai, des restos, un orage (sec) spectaculaire admiré depuis notre terrasse du 5e, un diner de retrouvailles, des apéros… Mais aussi : une virée au Puy-du-Fou, des baignades et une petite semaine du côté de Pénestin, à arpenter la côté sauvage et se gaver d’embruns. La rentrée en 5eme pour les filles a marqué leur première vraie séparation, leurs premiers voyages solos Angers-Paris en TGV, leur première chambre d’ado et la naissance de leur petit frère. Un vrai bouleversement à accompagner, dans la vie de mes deux ainées. De mon côté : une attention toujours redoublée sur les procédures en cours, un investissement au travail pour piloter un gros dossier, un 2e prix reçu à un concours photo, et cette force inestimable laissée par le départ de Papa…

L’automne confiné nous a vu fêter Halloween à la maison, après une éprouvante signature de succession pour mes soeurs, ma mère et moi, suivie des préparatifs de Noël, le coeur serré. Mais c’est avec ces mots que j’ai tiré un bilan plutôt positif de cette année 2020 sur mon compte Instagram :

” J’ai fait du tri dans mes amis et dans ma vie.  J’ai passé beaucoup de temps seule, je me suis renforcée. J’ai donné une place à leur belle-mère et leur demi-frère dans notre vie. J’ai appris la patience et la retenue, le lâcher prise et l’acceptation. J’ai vécu une nouvelle expérience de résilience. Et j’ai compris qu’il fallait continuer malgré la mort, le désordre, la médiocrité, la souffrance et l’incertitude du lendemain…”

J’ai appris, au-delà de la vie, qu’il était possible d’assurer notre sur-vie. Comme Papa l’avait prédit… j’ai grandi.

Photo en une : un soleil couchant sur notre terrasse du 5e, pour symboliser cette année particulière que nous avons passée, enfermées chez nous mais reconnaissantes de bénéficier d’un tel extérieur… et pour symboliser aussi, évidemment, le départ de Papa.