L’aventure sénégalaise pour Anouk et Pauline #2: l’installation

Plus d’un mois après leur installation à Dakar, Pauline a accepté de me livrer ses premières impressions, ainsi que quelques photos de là-bas…

Pour l’instant, tout mon questionnement de ces dernières semaines et ma problématique tournent autour d’Anouk, bientôt 3 ans… Comment faire pour que ma petite se sente chez elle dans un ailleurs que je ne connais pas encore bien, en lequel je ne peux avoir confiance de suite?

J’ai tout entendu avant de partir, « elle sera avec toi, c’est ce qui compte », ou bien « un enfant c’est l’instantané, elle vivra au jour le jour », et j’en passe… En les citant, je ne juge pas, ça n’était que des encouragements. Mais comment je fais, moi, avec ma petite qui garde une sacrée bonne mémoire émotionnelle et qui me balance au moment où j’ai vraiment du mal à l’entendre  : «  Maman, quand est-ce qu’il vient me chercher le gros avion pour me ramener à Paris ? », ou bien en chantant « lalala j’aime beaucoup ma maison de Paris , lalala » . Et quand je lui demande : « Mais tu l’aimes aussi notre maison du Sénégal, non ? ». Elle de me répondre : « Non ».

Ah…« Merde », me dis-je…

Et pourtant…

Après le choc frontal de la découverte d’un autre monde, un ailleurs vraiment, une autre chose comme tu ne peux l’imaginer avant, même si on t’en a parlé, tu l’as lu, écouté, presque étudié, tu te sens attiré, et pourtant…

Après les petits coups de mains bienheureux des contacts (assez brefs car ils ont leur vie déjà, eux…) , contacts que tu as pris soin de noter dans ton super cahier car tu sais que sinon sans eux vous serez seules au monde,

Après les coups du sort et le hasard qui te font atterrir dans une maison habitée par des personnes aussi freaky que toi (espagnol et argentin, on ne peut faire mieux), qui t’acceptent avec ta gamine, acceptent que tu sois française et que tu seras sûrement aussi dirigiste que Napoléon (donc que tu vas tout changer dans cette maison !),

Après l’amitié qui naît, la solidarité, l’attention, le sentiment de ne plus être seules au monde justement (peut-être que ces gens-là vont s’inquiéter si tu ne rentres pas ce soir avec ta gamine fatiguée…),

Après un « tiens, Pauline, j’ai vu une super école à côté, on dirait un petit paradis, même moi j’adorerais y aller… »,

Après m’être convaincue que c’était L’ECOLE que je voulais pour ma petite fille ici (bah oui, tout y est, l’exotisme, la fraîcheur, l’enthousiasme, l’accueil bienveillant) et après m’être pointée tous les matins au bureau de la directrice en attendant qu’elle me trouve une place pour Anouk (elle a fini par m’adorer),

Après avoir arpenté les rues de Dakar que je ne connaissais pas en recherche d’endroits où déposer mon cv parce que je ne pouvais supporter de devoir attendre (comme on dit ici : « Celui qui ne sort pas ne s’en sort pas »),

Après avoir été couchée durant 2 jours à cause d’une vilaine fièvre, car je devais être épuisée de toutes ces démarches (je crois que c’est ça, j’espère que c’est pas le palu déjà, un peu de répit, m…)

Après tout cela….

Anouk et moi ne sommes pas en voyage, non, nous vivons dans un ailleurs qui est devenu notre quotidien. 

Ma petite fille va à l’école tous les matins, une école franco-senégalaise qui me coûte 40 000 CFA, soit 61€ par mois.

Nous devons traverser la VDN, une voie rapide très polluée et très dangereuse sur laquelle les voitures et taxis pourraient vous écraser sans état d’âme… Les lundi et jeudi, Anouk se rend à l’école dans sa petite tenue de sport qui lui a été fournie (le sport ici est très important).

Je vais la chercher à 13h et la ramène à la maison pour lui faire à manger. Après elle dort et je la réveille pour l’emmener se promener, ou bien à la plage en bas de chez nous.

Les Sénégalais ne se baignent pas encore vraiment, il fait trop froid. Anouk et moi faisons des châteaux de sable, et puis nous finissons par nous faire déloger par les nombreuses équipes de foot qui se forment au gré des jeunes garçons sortant de cours…

Alors nous rentrons à la maison. Nous avons des plantes sur notre balcon (elles poussent bien), du linge qui sèche aussi. Le week-end, j’accroche des feuilles de papier à ses murs pour qu’Anouk puisse peindre en plein air.

Nous nous faisons souvent alpaguer par les gamins du quartier qui passent sous nos fenêtres. Parfois je les laisse monter, parfois non. Anouk s’est faite copine avec la voisine d’en dessous, Lili.

Le week-end, nous allons rendre visite à Doudou, un éléveur de chiens et de chevaux qui fait monter Anouk et qui a bien compris qu’elle savait parler à ses animaux aussi bien que lui. Nous lui donnons 1000 francs CFA (1,50 €) pour la nourriture de ses chevaux, c’est la seule manière dont il accepte d’être remercié.

Et puis moi…

J’ai trouvé un endroit joli et intéressant qui possède plein d’espaces et de possibilités. Le patron, sans être venu au rendez-vous, m’a rappelée le jour même car l’un de ses employés avait eu la gentillesse de lui glisser mon cv et lui de dire que j’étais peut-être une fille pleine de possibilités. J’y ai organisé en 36H un défilé pour une créatrice du coin (qui m’a prise pour une folle quand je lui ai dit que cela faisait 2 jours que je travaillais là).

J’ai plein d’idées, plein d’envies, certaines personnes l’ont bien compris… Mais tout n’est pas si simple quand malgré tout cela, ta petite te dit qu’elle voudrait rentrer à paris. Ton cœur fait Vramm. Crick crack.

Pour l’instant je laisse le temps faire, pour une fois dans ma vie.. Comme on dit en Afrique : « Ici, on tue le temps, là-bas c’est le temps qui vous tue ». Peut-être dois-je apprendre à tuer le temps? C’est un exercice difficile.

La seule chose que je sais, c’est que le mode de consommation que je trouve ici me correspond, il est à l’image de ce que je m’en suis fait. On récupère tout chez soi, on ne gâche rien, tout est recyclable. D’ailleurs dans les rues on ne trouve rien, ce n’est pas comme à Paris où les encombrants que tu as appelés la veille feront choux blancs le matin.. Ce qu’il reste ici, c’est juste du plastique (cannettes, gobelets, sacs, emballages). D’ailleurs il y a très peu de poubelles. D’une certaine manière, tu restes responsable de tes ordures et de leur devenir. Pour le plastique, je ne vois pas encore de solution. Je suis trop nouvelle. Encore bien trop nouvelle. J’ai tout à apprendre, pour le pire et le meilleur sûrement…

A suivre.

Retrouvez l’article #1 paru en janvier ici.
Et si vous souhaitez communiquer avec Pauline, n’hésitez pas à laisser un message ci-dessous, je lui transmettrai!

Crédit texte et photos: po dk

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